C’est via la recherche d’un sujet de PFE (Projet de fin d’études) que toute cette aventure commence : Raed Ghanja, étudiant à l’Institut supérieur des arts et de multimédia (ISAMM) de  La Manouba, devait en effet trouver un sujet relatif à sa spécialisation – 3D …. Parce qu’il avait déjà collaboré avec Democracy International (DI), organisation américaine basée à Tunis depuis 2012, et que DI recherchait des activités nouvelles en vue de la campagne de sensibilisation pour les élections municipales de 2018 : « bingo » !. En effet, depuis des mois, l’idée de recréer en 3D un Bureau de Vote taraudait l’équipe de DI, tant à Tunis qu’à Washington. Le thème du projet était donc tout trouvé !

Et maintenant ?

L’idée et la thématique du court métrage devaient être travaillées afin de répondre aux besoins universitaires de sa formation, mais aussi aux intérêts de DI. De là est venue l’idée du projet final : créer un court-métrage ayant pour objectif de sensibiliser les jeunes en les incitant à accomplir leur devoir citoyen lors des élections municipales de mai 2018. C’est sur cette base là que l’esprit aussi novateur qu’artistique de Raed a opéré pour donner naissance à ce projet à vocation pédagogique tout d’abord, mais bien au-delà : sortir des frontières de l’université pour devenir un élément phare d’une campagne de sensibilisation des jeunes, en Tunisie, en ayant recours à des technologies jamais utilisées dans ce domaine ni dans le pays !

Voterfly effect … un court métrage

Ce court-métrage se différencie totalement des autres campagnes de sensibilisation déployées par un grand nombre d’organisations, nationales comme internationales, dont l’impact sur les jeunes de nos jours semble limité : le design comme le message ont souvent eu un goût de « history repeating », déconnecté de « l’air du temps ».

Raed a tout d’abord pensé autrement et a su exploiter un élément aussi évident que fondamental : écrire, créer, penser et transmettre en tant que jeune tunisien lui-même ! Il a donc opté pour une idée qui lui ressemble, qui lui parle, en utilisant les codes les plus actuels de visualisation, de science-fiction, et en prenant comme personnage principal un jeune homme qui .. pourrait être lui ? Il a donc créé un personnage à qui les jeunes tunisiens d’aujourd’hui peuvent facilement s’identifier, un jeune avec un look moderne, toujours avec son smartphone à la main, qui ne s’intéresse pas du à la politique nationale et encore moins aux élections !

Lorsque le court-métrage débute, le héros passe devant l’école qui sert de centre de vote : ses expressions reflètent très clairement sa totale indifférence, face à la longueur de la file d’attente des électeurs. Il poursuit tranquille son chemin en fixant son regard sur son téléphone, bien plus important pour lui !

Voterfly effect, le scénario.

Indifférent face aux électeurs présents dans la cour du Centre de vote, le personnage décide donc de filer vers ses occupations. Mais une autre réalité, toute en science-fiction, surgit alors pour briser le cours normal des choses : un éclair tombe, et la foudre frappe le téléphone du héros. La luminosité devient étourdissante et il est alors téléporté dans un futur sombre et hostile : tout l’environnement autour de lui est détruit, la cité entière est en ruine, les déchets sont partout.

Notre héros trouve alors un journal par terre, daté de 2024 : on y évoque les activités d’un régime politique autoritaire, de son leader-dictateur, et tout autour, l’univers est désolé et abandonné. Affolé, notre héros tente de s’extraire de ce « voyage vers le futur » en forme de cauchemar,  frappe son téléphone sans fin jusqu’à ce qu’il arrive à inverser le processus et revenir au temps présent.

Notre héros comprend alors toute l’importance de ce qui lui semblait il y a quelques secondes encore, complètement inutile : VOTER. Alors, tout s’accélère, et il rebrousse chemin et court vers  le centre de vote et suit toutes les étapes du vote, jusqu’à un « happy ending » ?

Le titre du projet fait référence au « Butterfly effect »,  « l’effet papillon » : le battement d’ailes d’un papillon peut changer la face du monde. Le « Voterfly effect » – « le vote », quant à lui, peut aussi changer la face du monde, de la démocratie et des libertés !

A vous de visualiser ici le film complet

Du court-métrage au Bureau de Vote Virtuel & l’expérience VR

« Voterfly effect », ce projet de fin d’études était encadré par DI, dont les activités en Tunisie  depuis 2012, ont toujours été axées autour de projets utilisant des nouvelles technologies et de nouvelles approches dans des campagnes d’éducation civique et de mobilisation des électeurs.

Mais le court métrage « Voterfly Effect » n’était que la première étape d’un projet plus global, qui s’est concrétisé par la suite : créer un Bureau de Vote virtuel, issu du film 3D de Raed. Après l’achat d’un casque de VR par DI, Raed a ainsi travaillé à reconstituer tout l’environnement du Bureau de vote et de permettre à tous les participants, lors des animations et activités de sensibilisation au vote, de chausser le casque VR et de pouvoir vivre l’expérience fantastique d’immersion totale dans l’espace 3D du centre de vote, mais aussi, d’une manière révolutionnaire, de pouvoir suivre les différentes étapes du vote jusqu’à devenir Citoyen électeur virtuel. Un citoyen virtuel mais un enseignement bel et bien réel : l’importance pour tout citoyen d’aller voter pour son avenir, son futur.

En vertu du « Voterfly Effect », du virtuel au réel, il n’y a donc qu’un pas ? : celui de se rendre aux urnes et aller voter pour les prochaines échéances électorales essentielles pour l’avenir de la Tunisie !

Khouloud Kechiche