The weaving of esparto: when tradition mixes with passion

The craftswomen with Golden Hands

The passion for weaving esparto was born a very long time ago amongst women in Hergla, the small picturesque village located twenty kilometers away from the city of Sousse.

Known primarily for its natural, robust and hardy appearance, esparto, or Halfa in Arabic, is a perennial herbaceous grass native to the arid steppe regions of southern and southwestern Tunisia.

A tradition of weaving esparto has seen light in Hergla by the women of the city who inherited this work from their ancestors; for decades now, this manual work has been passed down from mother to daughter, and sometimes but less often, from father to son.

Aged 58, widow and mother to 4 children, Faouzia has been braiding esparto for twenty-five years now. This ancestral manual tradition that requires learning a few weeks: it was with her parents-in-law that Faouzia has learnt it, and has since passed on the work to her two daughters, Amel and Nesrine. Since their childhood, the two girls have always tried to imitate their mother and began to make scourtins especially during their holidays.

In Hergla, the weaving of esparto is a daily ritual.

First, Faouzia buys, like all the other women in the village, halfa from vendors or wholesalers who regularly frequent the city, in tight stocks at about 3 dinars: the plant delivered is always stiff and dry. Then the women go out, daily, draped in their bright red Takhlila, with halfa stocks on their heads, from the village to the sea, to soften the fibers by plunging them into the sea all night long.

As for Faouzia, often soaks the halfa in large basins for a whole night, ensuring a similar effect: because Faouzia who can not swim, is afraid of losing her halfa by going to the rocky coast of Hergla

When the halfa becomes supple and easier to handle, she settles with her daughters in the “skifa”, in this large Mosque square, around a cafe, where they begin to weave the stems of esparto, with the same passion and energy, under the burning summer sun or icy sea wind during winter.

At the beginning, Faouzia only learned to braid mats and scourtins. These were mainly used in traditional oil mills that used to grind wheels and scourtins to extract oil from olives. But this mode of extraction has given way to industrialization in the production of olive oil in Tunisia, which is one of the world’s top leaders in the production of olive oil.

Over the years, and thanks to the help and creativity of her daughters, they have diversified and let their inspiration guide them to produce both authentic and trendy items that meet different needs: baskets, bags, mats, tables with a more artisanal side, with purely decorative objects, such as keychains or lucky fish in halfa.

This evolution, however, did not undermine the principle of making creations that are both ecological, sustainable and supportive.

These revisited items modernized with various patterns or bright colors – but developed with natural hues – are always exposed in front of their small house located at the top of the city, in Echorfa.

It’s in this corner of the city, that we meet the different artisanal productions combining authenticity, modernity and innovation, all made by these Hergla women with golden hands, who all share the same passion for this activity.

The fruits of the sweat and passion of these “artists” have fascinated the visitors of this small paradise village, and appeal to Tunisian customers as well as foreigners. There are those who are content with a simple souvenir, a keychain or a small traditional basket. But there are also those who order dozens or hundreds of pieces, which will be resold everywhere in Tunisia and abroad.

However for Faouzia, the making and selling of these products can not guarantee to support her family. Sometimes, they spend days without selling anything, and at the end of the day, the halfa trade brings them only a very limited and uncertain income.

Faouzia has succeeded in passing on this ancestral craftsmanship in basketry and esparto to her two daughters, who today modernize this activity and market their own “revisited” products.

On the other hand, the majority of young people in the city are mostly reluctant to take over their elders, as long as the work of esparto is not considered a source of fixed money, stable and to live decently.


Le tressage de l’alfa : Quand la tradition se conjugue avec la passion..

Les artisanes aux mains d’or

Une passion pour le tressage d’alfa a vu le jour il y a plusieurs années chez les femmes d’Hergla, petit village pittoresque -devenu ville -, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Sousse.

Connu surtout pour son aspect naturel, robuste et rustique, l’alfa – de l’arabe Halfa -, est une graminée herbacée pérenne, originaire des régions arides des steppes du sud et du sud-ouest de la Tunisie. Il s’est alors créé à Hergla une tradition du tissage de l’alfa, par les femmes de la ville qui ont hérité ce savoir-faire de leurs ancêtres : depuis des décennies, désormais, ce travail manuel se transmet de mère en filles, et parfois même, mais moins souvent, de père en fils.

Âgée de 58 ans, veuve et mère à 4 enfants, Faouzia tresse depuis vingt-cinq ans l’alfa. Cette tradition manuelle ancestrale qui nécessite un apprentissage de quelques semaines : c’est avec ses beaux-parents que Faouzia l’a appris, et l’a depuis, transmis à son tour à ses deux filles, Amel et Nesrine. Depuis leur enfance, les deux fillettes ont toujours essayé d’imiter leur mère et ont commencé à fabriquer des scourtins surtout durant leurs vacances.
À Hergla, le tressage de l’alfa est un mode de vie quotidienne, avec ses rituels propres.
Dans un premier temps, Faouzia achète, comme toutes les autres femmes du village, l’alfa chez les vendeurs/grossistes qui fréquentent régulièrement la ville, en bottes serrées à environ 3 dinars : la plante livrée est toujours raide et sèche. Alors, les femmes se dirigent, chaque jour, drapées dans leurs Takhlila rouge vif, avec les bottes d’Alfa sur la tête, du village vers la mer, pour assouplir les fibres en les plongeant dans la mer durant toute la nuit. Quant à Faouzia, elle se contente le plus souvent de tremper l’alfa dans de grandes bassines pendant toute une nuit, garantissant un effet similaire : et en plus, Faouzia qui ne sait pas nager, a peur de perdre ses bottes en allant sur la côte rocheuse de Hergla faire tremper l’alfa.

Quand l’alfa devient souple et plus facile à manipuler, elle s’installe avec ses filles dans la « skifa », sur cette grande place de la mosquée, autour d’un café, où elles commencent à tresser les tiges d’alfa, avec la même passion et énergie : sous le lourd soleil d’été ou quand le vent marin se fait glacial en hiver.
Au début, Faouzia n’a appris qu’à tresser des nattes et des scourtins. Ces derniers étaient principalement utilisés dans les moulins à huile traditionnels qui utilisaient les meules et les presses à scourtins afin d’extraire l’huile des olives. Mais ce mode d’extraction a laissé place à l’industrialisation dans la production d’huile d’olive en Tunisie, l’un des leaders mondiaux pour la production d’huile d’olive.

Au fil des années, et grâce à l’aide et la créativité de ses filles, elles se sont donc diversifiées et ont laissé leur inspiration les guider pour produire des articles à la fois authentiques et « trendy », qui répondent à différents besoins : des corbeilles, couffins et paniers, des sacs à charbon et légumes secs, des paillassons, poufs ou tables, mais aussi tout un volet plus artisanal, avec des objets purement décoratifs, comme des porte-clés ou des poissons « porte bonheur » en Alfa.

Cette évolution n’a cependant pas entamé le principe d’une confection de créations à la fois écologiques, durables et solidaires.

Ces articles revisités et remis aux goûts du jour avec des motifs divers ou des couleurs vives – mais développés avec des teintes naturelles -, sont toujours exposés devant leur petite maison située en haut de la ville, à Echorfa. C’est dans ce coin de la ville, que l’on rencontre les différentes productions artisanales combinant l’authenticité, la modernité et l’innovation, toutes confectionnées par ces femmes hergliennes aux mains d’or, qui partagent toutes la même passion pour cette activité.

Les fruits de la sueur et de la passion de ces « artistes » ont fasciné les visiteurs de ce petit village paradisiaque, et séduit la clientèle aussi bien qu’en Tunisie qu’à l’étranger. Il y a ceux qui se contentent d’un simple souvenir, une porte clé ou un petit couffin tradi-moderne, mais il y a également ceux qui commandent par dizaines ou centaines de pièces, qui seront revendues partout en tunisie, et bien au-delà, à l’étranger.

Cependant, pour Faouzia, la confection et la vente de ces produits ne peuvent pas garantir de faire vivre une famille. Parfois, elles peuvent passer des jours et des jours sans rien vendre : le commerce de l’Alfa ne lui apporte qu’un complément de revenus.

Faouzia a réussi à transmettre son savoir-faire ancestral en vannerie et en sparterie à ses deux filles, qui aujourd’hui modernisent cette activité et commercialisent leurs produits « revisités ». En revanche, la majorité des jeunes de la ville rebutent le plus souvent à prendre la relève de leurs aînés, tant que le travail de l’Alfa n’est pas considéré comme une source d’argent fixe, stable et permettant de vivre décemment..